SPECTACLE / LE MARIAGE DE FIGARO - Beaumarchais


Choisir de monter Le Mariage de Figaro, c'est choisir le parti de la gaieté. Une gaieté non pas charmante mais guerrière, moins une humeur qu'une façon choisie de prendre la vie. Fait d'un trouble mélange de distance et d'adhésion, cette gaieté s'oppose à l'ennui, au fanatisme, aux idées fixes. Sans faire l'économie de la mélancolie et de la rage, l'attitude est stupéfiante de vitalité.

 

L'histoire ? Une guerre des sexes et des classes. Corollaire du pouvoir, le désir intempestif et abusif d'un puissant -un modèle de harcèlement sexuel en rien dépassé- déclenche les hostilités et entraîne dans une spirale frénétique l'affolement des désirs de tout les autres protagonistes. Analyse critique de l'état de la société, des consciences comme des amours,

Le Mariage de Figaro est un vaudeville existentiel et politique. Un théâtre du désir lancé à plein régime. L'air qu'on y respire est constamment électrique. On ne s'y repose pas, on ne peut pas s'y reposer. Pour ne pas être assigné à une place, à chaque instant , à la force de l'esprit , il va s'agir de l'inventer. Le Mariage de Figaro n'est certes pas une invitation à la révolution mais il y prépare, et si la liberté ne s'y gagne pas totalement, elle s'y expérimente. Notamment et précieusement par les femmes qui,dans un délectable trio, bousculent, déplacent les lignes, cognent le cadre.

 

Face à un monde inégalitaire, tyrannique et arbitraire, Beaumarchais invente les prémices d'une grammaire de la liberté fondée sur le jeu, le mouvement et le plaisir. Opportun. Encore parfaitement d'actualité. Agnès Régolo

 

Coproduction : Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence